GALERIE CARRÉS NOIRS

SÉRIE

CARRÉS NOIRS

" L'idée d'une force, […] d'un lien et d'une continuité dans le temps. "

Démarche artistique

Propos recueillis par Carlo CIACCHELLA, animateur culturel.


Quel a été votre déclic ?

D'abord, l'aspect universel et millénaire du matériau utilisé, l'osier. Le travail des végétaux est une activité qui remonte à la nuit des temps. Au début, j'ai perpétué des gestes techniques pour aboutir à la création d'objets bien sûr utilitaires, mais également esthétiques. Car l'un ne va pas sans l'autre… J'ai rapidement bifurqué sur des réalisations plus abstraites, je suis entré dans une démarche où l'aspect purement technique et utilitaire n'était plus un moteur, notamment après mon premier face-à-face avec l'art pariétal.

Il est des rencontres qui déterminent irrémédiablement un parcours par l'émotion, le choc esthétique qu'elles apportent. La découverte des grottes de Lascaux, puis, plus tard, de Chauvet, ont fait partie pour moi de ces moments décisifs. Les peintures pariétales qu'elles recèlent m'ont bouleversé par leur puissance, leur beauté. Réalisées à l'aube de l'humanité (17000 ans pour Lascaux, 30000 pour Chauvet), avec des outils et des matériaux d'une simplicité extrême qui sont proches de ceux que j'utilise, ces œuvres d'art m'ont encouragé dans mes recherches.

Désormais, j'exerce mon travail sur un terrain exclusivement artistique et je suis ravi des questionnements qu'il provoque.

Pouvez-vous me parler de la symbolique des « carrés noirs » ?

Le carré est une forme simple, basique, qui me plaît. Mais elle n'est pas exclusive. Quelques modèles sont rectangulaires, ils relèvent cependant du même traitement.

Dans un cadre bois, strict, qui entoure mais surtout contient, retient, clôture, enserre, restreint, une matière mystérieuse, alliance de bois et de mortier de plâtre, se laisse voir, caresser.

Elle provoque la lumière, en éclats changeants, furtifs, qui joue avec les déplacements du spectateur-acteur. Elle parle de mouvements, de souplesse, de relief, de vibrations. Cette matière s'inspire de celle qui a, de tout temps, permis de construire des abris, des maisons, depuis que l'homme est « sapiens ». Elle le permet encore aujourd'hui dans bien des pays du Sud.

Dans ces « Carrés Noirs », la courbe des brins d'osier s'oppose à la rigueur du cadre qui fixe des limites, forcément humaines puisque la ligne droite n'existe pas dans la nature. Les collages que j'ajoute parfois, traces également humaines par essence, renforcent cette confrontation. J'espère pouvoir repousser les limites du cadre et m'exprimer sur une surface importante, que l'occasion me sera donnée de réaliser des créations de grandes dimensions...

Pourquoi le noir ?

C'est un choix qui s'est imposé d'emblée et, de plus, je suis fasciné par les tableaux de Soulages. Il nous montre à quel point la lumière est sublimée par le noir. La découverte de ses « Outrenoirs » au musée de Rodez qui lui est consacré m'a conforté dans ce choix pour cette exposition. Les pigments noirs sont également les premières teintes fabriquées par l'homme, à partir de charbon de bois ou de fumée. Il symbolise aussi le mystère, et même ce qu'on ne voit pas, je pense à la « matière noire ».

Que cherchez-vous à exprimer ?

L'idée d'une force, intimement liée à toute matière qui nous entoure et nous constitue, d'un lien et d'une continuité dans le temps. Mon travail d'aujourd'hui me permet de prolonger le traitement, déjà esthétiquement riche des matières simples et des alliances heureuses entre elles, vers une recherche d'un sens perdu peut-être, oublié sûrement, de la confrontation quotidienne avec elles.

Cela passe par un travail physique, par la maîtrise de leur caractère propre et des liens que je crée entre elles, de leur cohésion, que j'espère réussie. D'un point de vue personnel, il y a probablement un désir de « revenir aux sources », de me confronter à un univers ramené à l'essentiel où l'on redécouvre et utilise ce que la nature nous donne. Peut-être la crainte que disparaissent des richesses essentielles, comme « savoir » la Terre, le Bois, les gestes utiles. Mais cela ne concerne que moi.

Je n'ai pas vraiment de message à délivrer. Je cherche simplement à provoquer une émotion face à une esthétique simple et élaborée à la fois, une nouvelle matière mystérieuse qui excite la curiosité. Je prends en tout cas un grand plaisir à ce travail qui m'ouvre des possibilités que je ne soupçonne pas encore et j'espère être suivi sur ce chemin…

Quels sont vos projets ?

Dans l'immédiat, je me donne du temps pour échanger avec le public. Je viens de passer un an dans mon atelier, il est temps maintenant que mes créations volent de leurs propres ailes. Elles ne m'appartiennent plus, je suis curieux de savoir quelle vie leur donneront d'autres regards. Sur ce plan, je suis un artiste jeune, comme ne le montrent pas mes cheveux blancs…

Pour la suite, il me reste de nombreuses pistes à explorer.